L’école du bon goût

 

C’est au coeur du Xième arrondissement de Paris que se niche le fabuleux écrin de la Albert School, première du nom (une entité vient d’ouvrir à Marseille).
Une histoire à tiroirs pour ce lieu au charme d’antan, préservé et magnifié, et pour lequel Grégoire Genest, fondateur et CEO de l’établissement mais aussi ancien élève brillant sur les bancs du lycée Vauban et de l’International School of Luxembourg, nous a ouvert les portes (et quelles portes !) en exclusivité.

 

Texte­: Alix Bellac | Photos­: Matthieu­Freund-Priacel

 


18 rue de Paradis. Le décor est planté et Grégoire Genest, dirigeant d’Albert School, nous reçoit un jour de canicule et de travaux.

GRÉGOIRE GENEST, RACONTEZ-­NOUS LA GENÈSE DE CETTE ÉCOLE

C’est à l’été 2021 que les choses se précisent. Je travaille depuis un an dans un fond d’investissement. À mes débuts dans la vie active, je suis frappé par le fait que les jeunes recrues sont, durant leurs années d’études, formées de manière très académique - ceci même dans les écoles d’excellence -. De facto, les voilà très peu en phase avec le monde de l’entreprise.

L’idée germe alors dans mon esprit de sélectionner les lauréats des meilleures écoles et de les former à répondre au mieux aux attentes des entreprises.

Rapidement le projet d’école se concrétise puis est présenté à quelques entrepreneurs. Nous pouvons rapidement compter sur les appuis de nombreux investisseurs dont Bernard Arnault et Xavier Niels ainsi que d’une licorne sur trois (entendez une start-up valorisée à plus d’un milliard de dollars).

Le premier frein à la croissance des start-ups, c’est le savoir des jeunes. L’objectif d’Albert School est qu’ils soient opérationnels de suite. Et notre mission, celle de former des leaders de l’économie de demain par ceux d’aujourd’hui.


VASTE PROGRAMME POUR LEQUEL IL FALLAIT ÉVIDEM­MENT UN ÉCRIN D’EXCEPTION, N’EST-­CE PAS?

Assurément. La di­ culté était de trouver un endroit répondant à des critères assez stricts en termes de qualité. J’ai fait appel à tous les brokers de Paris (sourires). Il fallait au moins 1500 m2, dans Paris intra-muros, avec évidemment du cachet…

Lors de la visite, j’ai eu un coup de coeur pour ce lieu qui a une histoire forte.

L’endroit a abrité le musée de la Publicité riche d’une belle collection d’ a­ ches de films publicitaires de cinéma et de télévision. Puis ce fut le Manoir de Paris, lieu dédié aux frissons et abritant zombies, criminels et autres joyeusetés dans le but de passer un moment faussement terrifi ant entre amis ou en famille.

Mais surtout et c’est ce qui donne ses lettres de noblesse au lieu, l’endroit fut originellement le magasin des faïenceries de Choisy-le-Roi (dite maison Hippolyte Boulenger). Il faut savoir que la proximité de la gare de l’est permettait l’acheminement de matières premières venues de Lorraine. Vers 1831, la maison Baccarat et la Cristallerie de Saint Louis se sont d’ailleurs installées dans cette rue.

 


PARLEZ-­NOUS DE L’HISTOIRE DES LIEUX

Fondée en 1804 par les frères Paillart, l’entreprise prend un essor considérable grâce à l’un des associés, le fameux Hippolyte Boulenger. En 1863, celui-ci demeure seul à la tête de l’entreprise et va déployer son entregent et sa sagacité jusqu’à réussir à reproduire parfaitement la porcelaine de Chine. Réputée pour sa palette de coloris, notamment les rouges et les orangés d’un éclat incomparable, l’entreprise est bientôt sollicitée pour fabriquer les carreaux de faïence blanche du métro parisien. La renommée est dès lors belle et bien assise. En 1889, Paul Boulenger confi e aux architectes Jacottin et Brunarius, la construction d’un nouveau siège social, rue de Paradis. Le lieu doit également servir de dépôt et de vitrine commerciale à la marque, de sorte qu’il constitue encore aujourd’hui un inestimable catalogue grandeur nature des produits proposés - mosaïques et carreaux de faïence -, visible aujourd’hui dans la partie amphithéâtre.

 


GRÉGOIRE, PARLEZ-NOUS DE LA STRUCTURE ET DE LA DÉCORATION ACTUELLE AINSI QUE DES CONTRAINTES QUI SE DEVAIENT D’ÊTRE RESPECTÉES

Vous ne serez pas surpris d’apprendre que nous avons rencontré des difficultés inhérentes à la complexité des lieux et aux autorisations diverses et variées relatives au respect du bâti… (sourires). Le cabinet d’architectes AR Studio d’Adrien Raoul, recommandé par Xavier Niels qui avait fait appel à leur maîtrise pour l’Ecole 42, nous a accompagné dans cette entreprise.

Il convient notamment de souligner le travail autour de l’amphithéâtre de six tonnes réparties sur poutres. Le challenge consistait à ne pas endommager le carrelage classé. Un des prérequis était également le traitement de l’acoustique via les parois et moquettes et il fallait également des lieux suffisamment aérés, un accès pour personnes à mobilité réduite, des salles de classe structurées et agréables... Pour celles-ci par exemple, nous avons fait le choix d’un mobilier fixe, de prises cachées pour le côté esthétique et pratique (de fait, aucun risque de boisson renversée dans une prise si celle-ci est cachée sous le bureau), etc.

Au plafond des salles de cours encore, une touche de fun : des éclairages néon en forme de croix, carré, rond et triangle rappellent les manettes de playstation. L’ensemble du mobilier a été réalisé sur mesure par Silvera, expert en aménagement d’espaces professionnels et pour particuliers, qui a compris mon désir d’en faire un lieu chaleureux mais aussi ouvert et cosmopolite, sans doute un héritage et une vision légués par mes années d’études au Grand-Duché (sourires).

 

MONSIEUR LE DIRECTEUR, UNE DERNIÈRE ANECDOTE AU SUJET DE CE LIEU, EN TOUS POINTS DE VUE, D’EXCELLENCE ?

Un jour, un de nos étudiants qui se trouvait devant l’école, s’est fait interpeller par un jeune homme qui voulait résolument pénétrer les lieux ! Renseignements pris, celui-ci avait choisi comme sujet de thèse, la mosaïque. Pour cette catégorie de passionnés, ce bâtiment est une sorte de Saint Graal. Deux fois par semaine au moins, des cars de touristes s’arrêtent devant l’édifice, tentant parfois de rentrer pour visiter les lieux. Nous ne pouvons certes pas les accueillir, mais sachez que nous ouvrons nos portes durant les Journées du patrimoine !