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Le béton voit vert

Le 01/12/2019

Plus que jamais, le végétal s’intègre dans l’urbanisme et l’architecture. Il y a, de fait, comme une urgence…

Que l’on parle de constructions pour particuliers ou de l’élaboration de grands projets d’urbanisme, la végétation est l’élément sur lequel plus aucun acteur du bâtiment n’oserait faire l’impasse. Vecteur incontournable d’une architecture saine, respectueuse et pérenne, le végétal s’incorpore dans une démarche vers un univers que l’on désire plus que jamais en phase avec l’urgence. Celle de bien vivre, bien faire et… demeurer.

Le végétal ne doit plus être une option

Qu’il semble loin le temps du béton à gogo, celui-là même qui engendrait immeubles avec si peu d’âme, dans toutes les gammes de gris, condamnant plutôt l’architecture citadine ou balnéaire à déclamer les gammes du blues. Si le blues est bien présent aujourd’hui, c’est alimenté par les sonnettes d’alarme qui s’activent ici et là : la planète est en danger, il nous faut notamment replanter et faire refleurir.

A interroger les professionnels concernés par la cause, il semble impératif non seulement d’envisager la fragilité de la planète et de ses ressources, mais également de nous obliger à de l’innovation plus vertueuse, aussi bien en termes de conception que de durabilité. Or, imaginer un urbanisme « nouvelle génération » requiert une sensibilité propre à intégrer les impératifs actuels et à s’adapter aux conditions, par essence, conflictuelles entre écologie et urbanisme.

Ecologie et urbanisme, les meilleurs ennemis du monde ?

Tatiana Fabeck, du cabinet éponyme, le souligne fermement : « Si la nature, l’espace non bâti et les aménagements extérieurs sont négligés, c’est le fiasco assuré. Or, en général, l’espace laissé libre pour l’implantation d’arbres ou autres végétaux est une sorte de parent pauvre et vient loin derrière la préoccupation des infrastructures et installations électriques ».

Romain Poulles, CEO de PROgroup, voit indubitablement la vie en vert : « En plus des effets bénéfiques sur les humains, les végétaux influent sur les bâtiments. Les toits verts améliorent l’isolation thermique des toitures, réduisant ainsi les dépenses de chauffage et de climatisation, tandis que les murs végétaux intérieurs contribuent à une meilleure qualité de l’air ».

Sans nous positionner en donneurs de leçons, il est tentant de souligner que les architectes et urbanistes 2.0 ont le devoir de produire de l’écologie. Les termes et enjeux ne sont pourtant pas nouveaux. Le Corbusier en son temps s’était déjà imprégné de cette question écologique, transparaissant dans nombre de ses réalisations. Il n’empêche. La prise de conscience est plus forte quand on se retrouve au pied du mur. Réenclencher le lien entre urbanisation harmonieuse et essor démographique, entre état des lieux actuel et projection vers un futur sain, n’est plus un concept mignon mais une urgence.

Répondre aux besoins de la population sans impacter défavorablement les générations futures devient dès lors une gageure. L’architecture écologique ou architecture durable englobe une conception et une réalisation propres à générer le respect de l’environnement. Dont acte.

Green virtuosity

En dépit d’un emploi du temps à la hauteur de ses projets, Tatiana Fabeck parvient à nous ménager quelques instants afin de nous entretenir de la place - devenant prépondérante - du vert dans les projets architecturaux au Grand-Duché. Le cabinet Fabeck vient de remporter le projet « Laangfur », concept d’urbanisation s’étalant sur 24 hectares sur le plateau du Kirchberg. « Concept mixte de logements, bâtiments commerciaux et bureaux, ainsi qu’un CIPA pour personnes âgées, nous avons conçu le projet autour d’une coulée verte qui traversera l’ensemble du site et sera également espace de détente, de sport, de lien social mais aussi d’exposition artistique ». Projet bien avisé puisque les études sur le sujet convergent : dans une optique de confort climatique, acoustique, visuel et olfactif, la végétation est primordiale.

La bonne prescription, c’est le naturel et le local

Il est loin le temps – 20 ans – où le botaniste Patrick Blanc faisait sensation avec la façade du Musée du Quai Branly, entièrement recouverte de végétal. La prudence est pourtant de mise. Certaines villes ont pu, ici ou là, faire la mauvaise expérience d’installations végétales vieillissant mal ou esthétiques en été… mais seulement en été.

Plutôt que de faire du zèle, il convient de faire montre de bon sens : injecter de la verdure là où l’on peut mais également tendre à la libération de l’espace au sol, à l’utilisation de matériaux de proximité tels un bois local ou de la pierre issue de carrières de proximité.

Dans la même veine que le projet Laangfur, d’autres projets d’envergure fleuriront au Luxembourg. Le projet d’urbanisation « Kuebebierg » dirigé par le Fonds d’Urbanisation et d’Aménagement du Kirchberg (FUAK) inclura notamment au milieu des nouveaux édifices, une grande ferme urbaine avec sites de productions locales, toitures en jardin ou d’agrément, mais également potager ou espace de co-jardinage. Dans cette démarche et afin de répondre aux besoins d’une population croissante, un projet de second marché (après celui de la place Guillaume en centre-ville) sera implanté sur le site Langfuur. Du naturel, du local et de la proximité, on vous dit.

On veut la mélodie du bonheur.

Posez-vous la question : à quand remonte la dernière fois où, au sein de la cité, vous avez entendu les oiseaux pépier et les abeilles bourdonner ? Il en va pourtant de notre santé – comme le souligne Romain Poulles, la biophilie contribue à notre bien-être général mais également de la préservation des espèces essentiels à notre survie. Quand la biodiversité est respectée, les odeurs, les senteurs attestent de la qualité de l‘environnement. Cet air purifié par les plantes commence même à être un élément intégré dans les architectures de parkings. Bien mieux que la petite mélodie en sous-sol. Ou que les sirènes d’alarme.

Texte : Alix Bellac | Photo : C., Shutterstock

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